Aldamir

Aux origines de La Borgne, mon fidèle destrier

Triumph Street Triple S 660 2020 A2 de face avec le feu de croisement led allumé

Triomphant du permis A2 après une éternité entière à y songer, à me remettre en question, à prendre du recul sur l’investissement et les risques liés à cette pratique. Certain foncent tête baissée, moi pas. Nuits et jours s’égaraient mes pensées. Comment rêver d’une seule moto quand tu bloques chaque semaine sur un nouveau modèle, quand chaque choix que tu penses être le bon se confronte à un autre, laissant s’instaurer le doute en ton esprit d’aube en aube. Temporiser deux ans au dos d’une référence classique de débutant, profiter d’une mécanique fiable, d’une vieille bécane économique et facile à prendre en main, de couver son budget avant de se projeter vers un modèle plus puissant, plus confortable, plus jouissif. Se traîner jusqu’à la passerelle en CB500, en SV650 ou en Bandit, des modèles qu’on ne présente plus. Le choix de la sagesse, pour sûr, mais je vouais trop de temps et d’énergie à préparer mes débuts pour me contenter d’un modèle lambda, sans âme, mêlant mon histoire à celle d’un inconnu. Cette moto, je voulais la voir naître et la voir mourir avant de l’exhiber comme couverture de notre histoire, écrire chaque ligne de son épopée, la faire mienne pour toujours comme le principal fardeau de mon matérialisme, conter à mes gosses l’histoire de l’œuvre d’art pliée au platane qui rouille derrière la verrière du salon. M’imaginant dans chaque scénario possible, à bord d’un custom comme d’un trail, d’une hypersport comme d’une enduro, sur autoroute comme en montagne, sur circuit comme sur piste offroad, avant de m’arrêter sur le choix définitif de la polyvalence, celui d’un véhicule maniable, agile, au moteur souple et puissant, à la position un minimum confortable, au châssis fiable et au gabarit allégé pour débuter au mieux. J’imaginais la suite de cette période probatoire à bord, la plausibilité de conserver cette machine comme principale une fois débridée. Un choix évidemment critiquable, souvent lancé par les grandes gueules de ceux qui visent des missiles inexploitables sur route ouverte, ces pilotes dont la maîtrise s’arrête peu après le réglage des rétroviseurs de leur MT07.

Nombreux sont ceux qui tentèrent de me dissuader dans ma décision : « Tu vas la faire tomber en sortie de concession », « C’est trop cher comme première bécane ». Bientôt un an plus tard et voilà que je l’affame encore de bouffer le bitume contre lequel on m’avertissait plus tôt. Rien n’a changé, ma philosophie reste la même, une moto pour la vie, même si j’avoue accumuler toujours plus de projets, tous plus fantasmatiques les uns que les autres.

Mon choix s’est finalement figé sur celle à côté de laquelle je passais sans broncher, celle sur laquelle je ne me suis penché qu’à la fin, certainement la dernière à avoir supporté mon cul en exposition. La souplesse de trois cylindres délivrant 47.5 chevaux dynamiques d’origine freinés par Brembo, le double une fois débridée soit quasiment 100 chevaux pour un poids dérisoire, l’impression de la redécouvrir à sa pleine puissance paraît-il. L’un des meilleurs châssis A2, possiblement la meilleure de sa catégorie, l’un des premiers modèles disponibles de son millésime et certainement la première échappée de sa concession stéphanoise. La Borgne, Street Triple S 660 2020, fière de sa victoire face à son antécédente rouge qu’on me proposait à une moindre somme, débutait son voyage aux portes de la concession stéphanoise de Triumph, au 9 Rue de Dunkerque, 4 kilomètres au compteur.

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